Souvenir de Noël 1980

C’était un soir de Noël, en 1980, à Paris.

On étaient quelques jeunes devant la télé, chez des amis.

C’était en 1980, Valéry Giscard d’Estaing était président de la France depuis sept ans et la peine de mort était encore pratiquée dans ce pays. Et justement, quelques jours avant, ce président venait d’annoncer que non, contrairement à la tradition de Noël, il n’allait pas gracier les condamnés.

C’était en 1980, Julien Clerc était un chanteur bouclé de 33 ans qui faisait battre les coeurs avec de charmantes mélodies.

C’était en 1980, une époque où la télé pouvait encore se faire en direct, sans filet.

Voilà pour le contexte.

Nous sommes donc devant la télé pour regarder le Grand Échiquier que Jacques Chancel consacre à Jean-Loup Dabadie. Après environ une heure d’émission, Julien Clerc, au piano, commence à chanter doucement «C’était un jour à la maison, je voulais faire une chanson d’amour peut-être…». Ça continue. On ne connait pas, on écoute. Et puis, cette phrase étonnante: «Le matin même à la Santé, un homme avait été exécuté et nous étions si tranquilles, là, au coeur battant de la ville». Puis, c’est de moins en moins doux, ça devient rugueux. «Il était à moitié nu. Voulez-vous écrire une lettre? Il a dit oui; il a pas pu. Il a pris une cigarette».

Dans le salon, on est saisis. Julien Clerc nous lance: «…qu’on me pardonne mais on ne peut certains jours écrire des chansons d’amour».

Puis la jolie voix de Julien Clerc se brise et son joli visage se déchire quand il termine en gueulant «…lorsque le couteau est tombé, le crime a changé de côté. Ci-gît ce soir, dans ma mémoire, un assassin assassiné».

Pendant les applaudissements, Chancel et Dabadie se regardent en silence, graves. Dans le salon, on est tellement émus qu’on ne peut rien dire. Sauf un garçon de Québec qui, n’ayant pas bien saisi les enjeux politiques et le courage qu’il faut à un artiste de variétés – qui a tout à perdre – pour donner une telle performance d’une telle chanson à une heure de grande écoute, dit: «Ouin, ben sa voix est moins belle qu’avant, hein?»

Je ne sais pas pourquoi cet extrait n’a jamais été remontré à la télé. Vous pouvez voir sur Youtube Clerc qui chante «L’assassin assassiné» mais pas la version du Grand Échiquier du 25 décembre 1980. Pourquoi? Pourtant ce visage écorché par le réel nommé par les mots de Dabadie, ce beau visage tordu dans une grimace douloureuse est le souvenir de télévision le plus saisissant de toute ma vie.

Je ne veux rien enlever au génie de Robert Badinter qui a si brillamment plaidé pour l’abolition de la peine de mort, dés l’arrivée au pouvoir de la gauche quelques mois plus tard, mais je crois que l’électrochoc envoyé dans quelques millions de foyers français ce soir de Noël-là, a dû contribuer, un peu, aussi, à la marche de l’Histoire.

Noel_1980

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août à Paris

Bientôt la rentrée

Je ne sais pas ce que je vais faire de mon automne, (ni comment je vais gagner ma vie) et je ne sais pas non plus très bien ce qu’il y aura dans ce blog.

Pour un journal du doute, ça commence bien!

Comme toujours, dans ces cas-là, se ressourcer en revenant aux petits riens inutiles et heureux. (Un peu comme si je commençais une suite à «Suivre Catherine»)

Petite liste (dans le désordre) des avantages à être à Paris au mois d’août quand tout le monde est parti.

1. remonter le Sébastopol en auto à 50km sans être jamais arrêté par un bouchon.

sebasto

2. faire de bonnes affaires sur la crème solaire.

solaire

3. siroter une bière fraîche en regardant passer les bateaux-mouches à Paris Plages, oui.

4. trouver à se garer n’importe où, facile, Odile.

5. découvrir de nouvelles boulangeries parce que toutes celles où on va d’habitude sont fermées pour les vacances.

6. avoir enfin le temps d’aller voir une reprise d’un film noir des années cinquante, projeté en véritable 35 mm.

7. trouver, disponible sur le présentoire de la bibliothèque, une nouveauté qu’on a vraiment envie de lire.

nouveaute

8. assembler dans une même phrase les mots périphérique, dimanche soir, et fluide.

perif

9. trouver une table en «terrasse» au Pho bida.

terrasse

10. donner un renseignement, une direction à des touristes étrangers et se sentir full totale locale parisienne tiguidou top.

 

www.boxfilm.ca

 

 

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Un nouveau départ

Après bien des mois de jongleries informatiques (et archivistiques et iconographiques), j’en suis arrivée à me dématantiser suffisamment pour mettre en ligne le nouveau site de ma petite boîte de production.
www.boxfilm.ca

Merci à l’ami Richard Brouillette pour m’avoir mis le pied à l’étrier du HTML.

Et hop!

Pour le reste, rendez-vous ici, bientôt, pour de nouvelles aventures.

Jeanne Crépeau

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Bonjour tout le monde.

Bientôt, je commencerai un blog ici.

Pour l’instant, je me dématantise partiellement.

Ça va prendre quelques semaines, voire quelques mois.

Rendez-vous en 2013.

:O)

Jeanne

 

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